Chapitre III, partie I
Eleonaure se réveilla dès les premières lumières de l’aube. Elle rejeta vivement ses couvertures et fit une rapide toilette. Elle décida de mettre sa tenue d’équitation qui était constituée d’un pantalon confortable de wilf noir et un gilet gris. Elle passa à l’écurie et prépara Crème pour son entraînement. Ensuite elle se dirigea au petit trot vers la piste d’entraînement. Arthrys était déjà là. Il installait des cerceaux multicolores sur de fin battons. Il se retourna pour la saluer
« Etes-vous prête ? Essayez de mettre un maximum de flèches dans chaque cercle. »
Eleonaure acquiesça et mit sa jument au trot. Crème avait une allure ample permettant à sa cavalière de se mettre en suspension en ne pensant à rien d’autre qu’à ses flèches. Déjà le premier cerceau se profilait. Eleonaure y mit deux flèches lorsqu’elle se rendit compte que le deuxième cercle était passé. ‘Je ne peux pas retourner en arrière il faut, que je sois plus attentive.’ Eleonaure décida de ne mettre seulement qu’une flèche par anneau et en mit trois dans le dernier. Elle revint avec une boule d’appréhension au ventre. Elle guettait le verdict d’Arthrys. Il la regarda avec un sourire aux lèvres.
« Tu vois, il te reste tout de même des choses à apprendre. Mais avec de l’entraînement tu y arriveras facilement. »
Tout en retenant son rire devant le visage malheureux de son élève:
« Je t’ai commandé un nouvel arc. Je le recevrais d’ici peu. Continues, nous nous arrêterons aux environs de midi. »
Eleonaure partit récupérer ses flèches et recommença l’exercice.
Aujourd’hui Eleonaure était plongée dans l’étude de la civilisation des elfes de la forêt noire, lorsqu’elle fut interrompue par deux coups donnés à sa porte. Elle se leva et ouvrit. Arthrys lui faisait face, il tenait derrière son dos un long paquet. Eleonaure le fit entrer et lui proposa de s’asseoir, ce qu’il fit après lui avoir remis son colis. Elle l’ouvrit et dévoila ainsi l’arc promis.
« Il est fait en un mélange de hêtre et de cerisier. Ce qui explique sa couleur rosée. La corde est un savant tissage de crins de licorne noire. Je ne l’ai attaché que d’un coté pour que tu puisses le faire toi-même, tu pourras voir qu’il est très facile à manier. »
Eleonaure s’exécuta et en profita pour remarquer les arabesques de couleur lune imprimées sur le bois de l’arc.
« Il est vraiment magnifique. C’est du bel ouvrage. Il a du donner du mal à l’artisan qui l’a conçut. »
Arthrys confirma de la tête. Il se tordit sur sa chaise avant de demander.
« Pourquoi as-tu choisis le tir à l’arc ? » Les doigts d’Eleonaure se crispèrent sur la partie boisée de l’arc et répondit d’un ton le plus égal possible.
« C’est en partie à cause de ma mère. »
Arthrys fut déconcerté par sa réponde. Ne comprenant pas, il l’encouragea du regard à continuer. La lèvre inférieure d’Eleonaure trembla légèrement ; elle reprit contenance avant de se reprendre
« Maman est morte à cause d’un combat à l’épée. Son adversaire était plus puissant et épéiste de renom. C’est pour cela que je déteste l’épée. »
Sa tête s’abaissa légèrement, son menton trembla. Elle renifla. Arthrys se leva la prit dans ses bras. Il resta silencieux un instant, semblant peser le pour et le contre de ce qu’il allait lui révéler. Choisissant la voie de la vérité, il lui dit d’une voix la plus posée possible.
« C’est faux ! ta mère est morte empoisonnée. Je le sais car ma mère a veillé la tienne tout au long de son agonie. Son daimon était comme fou, il s’était transformé en un petit dragon. Il interdisait à presque tout le monde l’accès à son lit. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est mort. » Eleonaure se dégagea.
« Tu crois que c’est pour ça qu’il est… » Arthrys haussa les épaules.
« Comment le serais-je ! Je n’en ai jamais eu. »
Eleonaure se força à sourire, se redressa et lui proposa une promenade. Arthrys accepta volontiers. Ils arrivèrent à l’écurie et prirent chacun leur monture favorite. Ils passèrent un excellant après midi de jeu, de rire et de cavalcade. Eleonaure rentra fourbue le soir, et partit se coucher car elle avait une mission à accomplir pour le lendemain. Elle devait rencontrer une famille de paysans qui réclamait l’intervention d’un membre de la famille des Larth.
Malgré la fatigue physique, elle ne s’endormit qu’après avoir longuement pleuré.