Chapitre III, partie III
Elles ne rentrèrent qu’à la nuit tombée. Eleonaure était exténuée, elle dirigea sa jument vers son box, la bouchonna d’un geste las, entrecoupé de bâillements. Eleonaure monta les escaliers menant au bureau de son père d’un pas lourd lorsqu’elle sentit une crampe à l’estomac. Elle s’arrêta et repensa aux fruits offerts par la famille de Miranda qu’elle avait mangé depuis bien longtemps. Elle prit la décision de redescendre et de se diriger vers la cuisine principale tout en portant son petit panier.
La cuisine se situait au rez-de chausser non loin du dortoir des soldats qui gardaient en permanence le vieux château. Lorsque Eleonaure rentra dans la grande pièce, elle fut surprise par le silence qui y régnait. Personne ne travaillait une quelconque volaille. Aucun chef ne surveillait les feux des trois grandes cheminées.
« Ce n’est pas normal ! » Eleonaure s’avança doucement n’entendant seulement crisser ses semelles sur le sol carrelé. Sur la grande table centrale, elle repéra un grand cageot contenant des pommes, ainsi qu’une miche de pain légèrement trop cuite. Elle s’assit sur le petit banc qui suivait la table sur toute sa longueur. Avec sa dague, Eleonaure se coupa une tranche de pain et sa pomme en quartier. Elle laissa sa dague sur la massive table à coté du panier. Elle commençait son dernier morceau de fruit lorsqu’une main s’abattit sur son épaule ; elle saisit promptement sa lame et la plaça sous la gorge de son assaillant. Heureusement Eleonaure retira son arme quand elle reconnut, à la lumière des flammes de la cheminée la plus proche, Arthrys.
« Tu es rapide, mais tu as bien faillit m’égorger. » Elle baissa les yeux, honteuse d’avoir failli blesser son ami. Il lui ébouriffa les cheveux de la main droite et de l’autre l’invita à s’asseoir.
« Alors, comment ton voyage c’est il passé ? » Eleonaure releva la tête et répondit de manière résignée.
« Tu sais, je dois d’abord passer voir mon père pou lui faire mon rapport et… » « Tu n’as qu’à me le dire en chemin. Je t’accompagnerais jusqu’à sa porte. »
Durant la distance séparant la cuisine et l’escalier menant à l’appartement d’Elphysi, elle lui raconta son voyage, tout en faisant balancer son panier par un ample mouvement de poigné, l’accueil de la famille et la découverte de la faille et du comportement étrange des animaux, en omettant volontairement de lui raconter la prière de protection qu’elle avait faite.
« Moi aussi, j’ai entendu parler de ces comportements bizarres ainsi que des tremblements d’Emera. » Il hocha la tête, pensif. Lorsqu’il s’arrêta devant un tableau situé à moitié de l’escalier conduisant au bureau du père d’Eleonaure, il lui demanda : « Qui est ce ? » Eleonaure arriva à sa hauteur et regarda le grand portrait. Il s’agissait d’une femme portant une robe bleue nuit qui découvrait ses épaules. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade autour d’elle, faisant comme une sombre auréole. Son haut port de tête montrait qu’elle avait été fière de poser pour ce tableau.
« Il s’agit de Leerys. La mère de Laura. »
« La mère de la dernière chasseuse de Dragon chez les Larth. » Eleonaure acquiesça. Ils se rendirent devant la porte du bureau en silence. Lorsqu’ils y arrivèrent devant la lourde porte à double battant, Arthrys lui souhaita une bonne nuit. Il lui fit une bise sur la joue et redescendit l’escalier.