Chapitre IV, Partie II

Publié le par Méréthide

Il soupira et commença à lui raconter à demi-voix. « Ton père doute qu’une armée extérieure veuille tenter d’attaquer Pidekos. » Thomas  tendit le cou pour pouvoir mieux entendre. « Mais Lenaïk tente de le persuader qu’une armée puissamment équipée et comptant de nombreux hommes avait déjà pillé tout un royaume d’Eméra. » « C’est totalement impossible ! Je ne peux pas vous donner vingt de mes meilleurs chevaliers. » Le père d’Eleonaure venait de se lever sous la colère. « Et encore moins deux parties entières de mon infanterie. Qu’est-ce qui me restera si vous me prenez tout ? » Dransis, qui était assit à sa gauche, approuva. « Mais il vous restera votre fille. Je ne vois pas mieux pour vous défendre avec ce qui est en train de nous arriver. » Elphisi se rassit, les yeux écarquillés par la surprise. Dransis fronça les sourcils, il décida de reprendre la conversation. «  Nous ne pouvons vous laisser prendre tant d’hommes. Il ne nous restera à peine une demi-partie d’infanterie et  quelques chevaliers fatigués. De plus je ne vois pas du tout en quoi la petite Eleonaure saurait vous défendre… » Eleonaure sera les poings sous la table. Il ne manquait plus que ça: une déchirure au sein même des représentants de Pidekos. Son père approuva Dransis de la tête. Elle vit que Arthrys allait répondre vertement à son conseiller, elle décida de le contraindre au silence avant qu’il n’ouvre la bouche en lui posant sa main sur le bras. Thomas lui, commençait à s’inquiéter. Le seigneur de Kelai-neres lui avait assuré que l’intendant de Pidekos était en bon terme avec lui et qu’il leur donnerait le gros de son armée sans condition. Là, la discussion tournait à la catastrophe et s’il n’intervenait pas… du coin de l’œil il vit qu’Eleonaure s’apprêtait à parler. Il décida d’attendre, de voir si elle était capable d’enrayer ce mini conflit.

         Eleonaure se leva, une veine tapait furieusement contre sa tempe. Elle saisit la coupe de verre située devant son assiette vide et l’abaissa d’un coup sur la table. Un bruit mat se produisit, provoqué par le contact entre la coupe et le bois de la table. Thomas la vit se fendiller, ce qui provoqua une coupure au creux de la paume d’Eleonaure. Déjà une fine rigole rouge se formait sur la coupe qu’elle tenait fermement. Au  bruit, tout le monde se retourna. Son père ne comprenait pas son geste et Dransis encore moins. A contrario Lenaik l’encouragea du regard. Thomas vit sa respiration se calmer et dans un silence oppressant, elle prit la parole. «  Cette dispute ne mènera à rien et vous le savez tous. Alors pourquoi continuer ? Si ce que dit Lenaik, à propos de cette mystérieuse armée sortie de nulle part, est vrai, nous ferions mieux de nous inquiéter. » Elle se retourna vers Thomas. « Connaissez-vous le nombre d’hommes qui la compose ? Leur force de frappe et les dégâts qu’elle pourrait provoquer ? » Elle se rassit, totalement essoufflée. N’attendant pas qu’elle se rassoit, Thomas avait pris la parole d’une voix ferme. « Je ne suis pas sûr que nous pouvons seulement parler d’hommes au sujet de cette armée. Leur avancée est couverte par le bruit d’un roulement de tonnerre continu. Un voile opaque tel que le brouillard au sommet du plus mont de Keilai-neres les entoure. On ne les voit que lorsque l’on se trouve à l’intérieur. Un survivant de leur première attaque parle d’êtres lourdement vêtus d’armures noires mais à la fois lumineuses. Ils sont plus grands qu’un homme de taille normale. A l’intérieur du brouillard règne une odeur de pourriture infâme. Ils portent diverses armes, mais la majorité utilise de longues épées… » « Comme dans… » Thomas foudroya du regard Eleonaure, elle avait pensé tout haut, l’interrompant dans son monologue. « …mais  ce dont je vais vous parler maintenant est à vérifier. L‘homme qui nous a appris cette nouvelle était à moitié dément. Il affirme catégoriquement avoir vu un Dragon ou quelque chose qui en approcherait. » Un silence s’instaura.

Dransis décida de le rompre en demanda aux servantes d’apporter le repas. Après un temps de réflexion il déclara  « Comment pouvoir croire cet homme ? Personne n’a vu de Dragon depuis de nombreux siècles. Toutes les gravures ont été effacées, vous le savez bien. » Elphisi hocha la tête lui donnant son accord sur ce point. Lenaik eu un sourire crispé, mais il répondit. « Toutes les représentations de Dragons n’ont pas été détruites. Dans notre temple de Révélation nous conservons une très belle tapisserie relatant un combat entre un Eveillé et deux chasseuses de Dragons. Elle montre, grâce à d’excellents détails, la physionomie du Dragon. Mais cet homme ne venait pas de Keilai-neres. Je ne peux donc pas affirmer si ce qu’il a vu était réellement un Dragon. » «  Bien, puisque, pour le moment nous ne possédons pas plus d’information, je prendrais ma décision sur les troupes à fournir après demain au levée de Drepanes. Eleonaure en attendant, tu feras visiter Manteion à nos invités. Du moins s’ils acceptent. » Elphisi leva un sourcil interrogatif et vit Thomas accepter d’un hochement de tête mais Lenaik refusa, prétextant qu’il connaissait déjà le château et ses alentours.

Ils se levèrent tous, lorsque Elphisi sortit de table. Il leur souhaita une bonne nuit et partit réfléchir dans son bureau, suivi de près par Dransis. Arthrys accompagna les visiteurs dans leurs chambres respectives et partit lui aussi dormir. Eleonaure, fatiguée par ce repas, décida de reprendre un bain avant de se glisser dans ses draps. Elle s’endormit dans un soupir.

         

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